Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

Relations extérieures

  • L'Eglise martyre au Congo indépendant

       A Chastre (Brabant wallon), dans le domaine du château de Gentinnes devenu celui de la congrégation du Saint-Esprit, s'élève une chapelle de style moderne, épuré, où sont représentés le Christ en gloire et Marie offrant son fils au monde. A l'extérieur, gravés en lettres de bronze sur une stèle en forme d'œuf, symbole de vie, figurent les noms de 216 hommes et femmes, dont 156 prêtres, religieuses et religieux, victimes des rébellions qui ensanglantèrent l'ex-Congo belge au lendemain de son indépendance. Quand le projet de ce mémorial fut conçu, en 1962, il s'agissait d'honorer la mémoire de vingt spiritains sauvagement torturés, fusillés et achevés à Kongolo (nord du Katanga) par des membres de l'Armée nationale congolaise (ANC). Mais quand le monument fut inauguré, le 7 mai 1967, la liste des assassinés avait plus que décuplé…

       Depuis, la tragédie s'est enfoncée dans les brumes d'un oubli qui contraste singulièrement avec l'incessant rappel du sort, certes peu enviable, de Patrice Lumumba! Le 20 septembre 2014, une cérémonie commémorative en la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule, présidée par Mgr André-Joseph Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles, et Mgr Marcel Utembi Tapa, archevêque de Kisangani, ouvrait une première brèche dans l'amnésie collective. Mais il manquait encore une enquête exhaustive. Dries Vanysacker, professeur à la faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université catholique de Louvain (KULeuven), l'a menée à bien [1].

    Lire la suite

  • Les premiers pas en Australie, c'est du belge!

       Dans son recueil récemment publié de portraits des explorateurs belges, Alban van der Straten consacre quelques lignes à Gilles Mibaise. On y retrouve ce que l'historiographie tient pour acquis à son propos – du moins quand elle ne l'oublie pas! –, à savoir qu'en 1616, voyageant pour le compte de la Verenigde Oostindische Companie (ou Voc, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, dont le champ d'activité s'étendait à l'océan Indien), un navire commandé par Dirk Hartog et lui-même est arrivé, après avoir été dérouté à l'est, sur des terres inconnues que leurs découvreurs appelèrent 't Land van d'Eendracht (le Pays de la Concorde), du nom de leur bateau. Ils se trouvaient en fait en Australie, sur son île la plus occidentale [1].

        Après les éclairages apportés par le professeur Eric Pirard (Université de Liège, faculté des sciences appliquées), qui a séjourné sur place, c'est un chapitre entier que mériteraient tant le personnage que le périple, si d'aventure une nouvelle édition de l'ouvrage devait être mise en chantier. Né à Liège, Gilles Mibaise apparaît, en effet, comme celui qui a joué le rôle clé dans ces premiers pas posés par des Européens sur la grande terre océanienne [2].

    Lire la suite

  • Regards russes sur la Belgique plurielle

    PASBEL20171209a.jpg   Relatant son voyage accompli en Belgique en 1862, Vasili Vodovozov, professeur à l'institut Smolny de Saint-Pétersbourg, constate avec étonnement que "dans la classe sociale cultivée les deux langues sont également courantes" et que "des livres de lecture populaire, des manuels et d'autres ouvrages pédagogiques paraissent dans l'une ou l'autre langue". Voilà qui ne cadre guère avec la représentation courante d'une langue flamande alors uniformément méconnue, négligée, méprisée dans nos hautes sphères! Ce témoignage parmi d'autres est relevé par Vladimir Ronin (Université catholique de Louvain - KULeuven), spécialiste des relations culturelles entre l'Est et l'Ouest, dans une étude, qui ne date pas d'hier mais conserve tout son intérêt, sur l'image renvoyée par les Russes venus sous nos cieux au cours du XIXè siècle et au début du XXè [1].

       Même balbutiante, certainement encore loin du compte, la pluralité assumée a le don d'étonner les sujets du Tsar en ce temps où il ne paraît nullement singulier que le Journal de Saint-Pétersbourg, organe officieux du ministère des Affaires étrangères, soit publié en français. "Habitués à la domination du français dans les couches supérieures de la société russe", écrit Vladimir Ronin, les auteurs voyageurs "ont été visiblement impressionnés par le fait que l'élite belge du milieu du XIXè siècle, tout en étant francophone, s'est plus ou moins familiarisée avec le néerlandais ("le flamand")".

    Lire la suite