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Moyen Age

  • Diplomate intrigant à Utrecht, évêque éphémère à Liège

       Evêque de Liège du 1er septembre 1301 à sa mort le 13 décembre 1302, Adolphe de Waldeck fait figure d'étoile filante dans l'histoire médiévale de la principauté. Il est surtout demeuré dans les mémoires pour avoir chassé les prêteurs à intérêt lombards et piémontais établis en bord de Meuse. "Une opération spectaculaire qui n'était peut-être qu'un bluff", écrit Jean-Louis Kupper [1]. La décision était conforme au prescrit de l'Eglise, mais ceux qui en avaient fait les frais sont revenus par la suite.

    PASBEL20180115a.jpg   Les recherches menées sur le prélat par Antoine Bonnivert (FRS-FNRS, Université libre de Bruxelles) ont mis en évidence le destin paradoxal de cet héritier d'un comté de l'actuel Land de Hesse qui, ayant opté pour la carrière ecclésiastique et étudié le droit canon à l'Université de Bologne, brigue pendant quinze ans "d'attente et d'efforts opiniâtres" le siège d'Utrecht, où il joue les brillants seconds rôles… pour obtenir en fin de compte celui de la Cité ardente, auquel il ne semble pas avoir songé, alors qu'il s'agit d'"une des Eglises les plus prisées de l'Empire" [2]. Gros bémol: cette promotion est intervenue dans le contexte des troubles sociaux qui frappent également les Pays-Bas. Chanoines et gens de métier contre patriciens, lignages déchirés entre Awans et Waroux…: l'évêque aura à peine rendu son dernier souffle que le feu sera (re)mis aux poudres.

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  • Pas de village sans l'église et la place

       "Quelques masures dominées par un clocher et une tour: cette image remplit l'existence de presque tous les gens du XIIIè siècle. Car presque tous sont des ruraux". A la lumière de ce constat de Léopold Genicot [1], il est heureux que l'historiographie, après avoir longtemps privilégié l'origine des villes, ait investi davantage celle des villages. Entourés par les terres cultivées, séparés les uns des autres par les landes, les étendues boisées et autres zones incultes (woestinen), nombre de ceux-ci doivent leur existence aux grands défrichements opérés du XIè siècle au début du XIVè.

       Comme toujours au Moyen Age, la plus grande diversité est de mise. Pendant que des communes arrachent, parfois contre monnaie sonnante et trébuchante, des chartes de franchises à l'autorité locale, d'autres sortent de terre à l'initiative de seigneurs laïcs ou ecclésiastiques, qui accordent spontanément des privilèges aux paysans pour que ceux-ci s'installent ou restent dans leurs domaines, contribuant à leur exploitation et empêchant qu'ils ne deviennent des no man's lands. Les "villes neuves" qui se multiplient alors sont en réalité des villages neufs.

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  • Un prince du XIIè siècle en Amérique ? Ce n'était pas qu'un rêve…

    PASBEL20170930a.jpg   Dans le catalogue des sessions de formation proposées aux enseignants par l'Associatie KULeuven, l'une est intitulée "Madoc et la poésie du non-sens au Moyen Âge". Il s'agit d'amener les élèves à déchiffrer une partie d'un manuscrit fragmentaire du XIVè siècle, découvert fortuitement par le professeur Remco Sleiderink dans les archives publiques malinoises. Objectifs didactiques: apprendre comment on faisait des livres avant l'imprimerie, se servir des outils d'aide à d'exploitation des sources anciennes et aussi identifier "les ambiguïtés érotiques et les allusions politiques dans le poème" [1].

       Quel est donc le document qui peut alimenter de si palpitants cours d'histoire ou de langue ? Celui qui l'a mis au jour, spécialiste de la littérature en vieux et moyen néerlandais à l'alma mater louvaniste (Campus Brussel), en a fourni quelques clés dans la livraison estivale de la revue d'études médiévales qui porte justement le nom de Madoc [2]. Accompagné de Herman Mulder (Bibliothèque royale), il a trouvé le filon caché dans la masse des livres de comptes de la Ville de Malines. Y figurait un récit en vers de 1335 présentant des similitudes manifestes avec le très satirique Van den Vos Reynaerde de Willem (XIIIè siècle), adaptation libre du Roman de Renart. Parmi d'autres traits communs, l'auteur s'y moque de la comtesse Mathilde d'Artois qui menait en France un combat vigoureux pour la place des femmes dans les lois de succession.

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