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Le passé belge - Page 5

  • L'étranger sodomite, mythe ou réalité ?

       A l'instar de Sodome et Gomorrhe, la ville a été et demeure perçue comme le refuge des comportements hors normes, auxquels sa densité garantit des complicités en grand nombre ainsi qu'un anonymat aisé et commode. Les citadins et leurs autorités, pourtant, ne reconnaissent pas volontiers ces réalités, sauf à les imputer à de mauvaises influences extérieures. Il paraît logique, dans ces conditions, que la justice ait la main plus lourde quand elle a affaire à un déviant étranger. Dans les périodes de malaise particulièrement, cibler le dissemblable constitue un moyen efficace de (res)souder la communauté.

       Telle n'est cependant pas la conclusion de Jonas Roelens (Université de Gand) au terme de l'étude qu'il a consacrée à la répression de l'homosexualité, du XVè au XVIIè siècles, à Bruxelles et dans les principales villes de la Région flamande actuelle (Anvers, Bruges et son arrière-pays, Gand, Louvain, Malines, Ypres) [1]. Basé sur les comptes des baillis, qui sont dotés des compétences administratives et judiciaires à l'échelon local, ce travail prend certes la mesure du durcissement des pouvoirs aux temps modernes envers le "péché contre-nature". Alors que le Moyen Age condamnait l'acte sans beaucoup agir contre les personnes, la peine de mort prévue par Le Lévitique (20:13) revient en force (bûcher, étranglement…). Néanmoins et contre toute attente, il apparaît qu'on n'encourt pas davantage les foudres de Thémis dès lors qu'on n'est pas natif du lieu. "Les étrangers, relève l'historien, furent plus vulnérables aux accusations de sodomie, non à cause de leur origine au sens strict, mais à cause de leur position sociale fragile".

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  • Diplomate intrigant à Utrecht, évêque éphémère à Liège

       Evêque de Liège du 1er septembre 1301 à sa mort le 13 décembre 1302, Adolphe de Waldeck fait figure d'étoile filante dans l'histoire médiévale de la principauté. Il est surtout demeuré dans les mémoires pour avoir chassé les prêteurs à intérêt lombards et piémontais établis en bord de Meuse. "Une opération spectaculaire qui n'était peut-être qu'un bluff", écrit Jean-Louis Kupper [1]. La décision était conforme au prescrit de l'Eglise, mais ceux qui en avaient fait les frais sont revenus par la suite.

    PASBEL20180115a.jpg   Les recherches menées sur le prélat par Antoine Bonnivert (FRS-FNRS, Université libre de Bruxelles) ont mis en évidence le destin paradoxal de cet héritier d'un comté de l'actuel Land de Hesse qui, ayant opté pour la carrière ecclésiastique et étudié le droit canon à l'Université de Bologne, brigue pendant quinze ans "d'attente et d'efforts opiniâtres" le siège d'Utrecht, où il joue les brillants seconds rôles… pour obtenir en fin de compte celui de la Cité ardente, auquel il ne semble pas avoir songé, alors qu'il s'agit d'"une des Eglises les plus prisées de l'Empire" [2]. Gros bémol: cette promotion est intervenue dans le contexte des troubles sociaux qui frappent également les Pays-Bas. Chanoines et gens de métier contre patriciens, lignages déchirés entre Awans et Waroux…: l'évêque aura à peine rendu son dernier souffle que le feu sera (re)mis aux poudres.

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  • Les premiers pas en Australie, c'est du belge!

       Dans son recueil récemment publié de portraits des explorateurs belges, Alban van der Straten consacre quelques lignes à Gilles Mibaise. On y retrouve ce que l'historiographie tient pour acquis à son propos – du moins quand elle ne l'oublie pas! –, à savoir qu'en 1616, voyageant pour le compte de la Verenigde Oostindische Companie (ou Voc, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, dont le champ d'activité s'étendait à l'océan Indien), un navire commandé par Dirk Hartog et lui-même est arrivé, après avoir été dérouté à l'est, sur des terres inconnues que leurs découvreurs appelèrent 't Land van d'Eendracht (le Pays de la Concorde), du nom de leur bateau. Ils se trouvaient en fait en Australie, sur son île la plus occidentale [1].

        Après les éclairages apportés par le professeur Eric Pirard (Université de Liège, faculté des sciences appliquées), qui a séjourné sur place, c'est un chapitre entier que mériteraient tant le personnage que le périple, si d'aventure une nouvelle édition de l'ouvrage devait être mise en chantier. Né à Liège, Gilles Mibaise apparaît, en effet, comme celui qui a joué le rôle clé dans ces premiers pas posés par des Européens sur la grande terre océanienne [2].

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