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Guerres et paix

  • Un regard russe sur le front de l'Yser

    PASBEL20180614a.JPG   18 novembre 1914, dans la grande salle de la maison du Peuple de Petrograd. On donne la première d'une pièce de théâtre intitulée Anvers est tombée, mais la Belgique vit! La Brabançonne retentit plusieurs fois au cours de cette représentation dont les bénéfices, comme ceux de bon nombre d'autres manifestations, sont destinés à la population du "pays des héros". Une autre pièce, Pour le Roi, pour la Liberté et pour le Droit, due à Leonid Andreïev, est jouée dans la ville – qui vient d'être rebaptisée pour sonner moins "germanique" – avant de partir en tournée. Ici aussi, Brabançonne et ovations debout. L'ouvrage sera adapté au cinéma par le studio d'Aleksandr Chanzjonkov. Les poètes ne sont pas en reste. "Le flot de ce temps et de la mort emporte tout / Mais sur terre ne disparaît pas la mémoire / de ce petit peuple et d'Albert / Le roi héroïque de ce peuple", écrit le jeune Georgy Ivanov sous le titre Belgique. L'admiration d'un autre écrivain, Aleksandr Petrov, pour le roi Albert est telle qu'elle le détourne en 1914 de ses sympathies pour la gauche (extrême).

       C'est dans ce contexte de grande empathie et d'admiration que s'inscrit la mission d'information du capitaine Andrej Prezjbjano (1885-1963), futur lieutenant-colonel, issu des chevaliers-gardes du Tsar, envoyé dès septembre auprès du quartier général de l'armée belge alors replié à Anvers. Wim Coudenys, professeur à la Katholieke Universiteit te Leuven, spécialiste de l'histoire russe et européenne, l'a suivi à la trace – et parfois perdu de vue [1]. De ses mémoires, confrontés avec d'autres sources, ressort un regard particulier sur l'embrasement sans précédent de la Grande Guerre et sur la résistance "d'Albert et son peuple", bientôt confinée entre l'Yser et la mer.

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  • Comment faire payer la France sans la ruiner ?

    PASBEL20180516a.JPG   "Le boche payera!" Ce slogan célèbre des lendemains de la Première Guerre mondiale trouva sa concrétisation dans les réparations imposées à l'Allemagne vaincue pour les dommages subis par les régions envahies. Si la dernière mouture du plan avait été pleinement exécutée, le dernier versement aurait eu lieu en 1988! Mais la charge, trop lourde, fut définitivement abandonnée en 1932. Et après 1945, on cessa rapidement, du côté occidental, de nourrir toute nouvelle illusion.

       Moins connue, plus lointaine, la question des indemnisations dues par la France au terme des guerres napoléoniennes ne s'est pas posée avec moins d'acuité. A la différence de la république de Weimar, la monarchie restaurée de Louis XVIII s'acquitta au bout du compte de ses obligations, même si ce ne fut pas sans mal. Et tout logiquement avaient émergé, parmi les revendications les plus importantes, celles des provinces constitutives de la Belgique.

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  • Recherches pour élèves sur la Grande Guerre

       "C'est un mythe que les Flamands qui défendaient leur langue sur le front de l'Yser furent implacablement traduits devant des tribunaux militaires francophones". Tel est le constat de l'historien du droit Jos Monballyu, professeur à la Katholieke Universiteit te Leuven (KULeuven), dans le cadre d'une étude basée sur les dossiers pénaux de la Grande Guerre [1]. Il en ressort que peu nombreux furent les militaires poursuivis pour leur engagement flamand supposé et qu'on ne trouve pas trace d'un quelconque arbitraire judiciaire.

       Ce n'est pas le premier travail qui met à rude épreuve des clichés d'autant plus ancrés qu'ils ont fait et font toujours l'objet d'instrumentalisations politiques. A leur critique se sont attelés depuis belle lurette un Lode Wils, de la même université, et plus récemment l'historienne de référence sur 14-18 qu'est Sophie De Schaepdrijver (Pennsylvania State University, Vrije Universiteit Brussel). Celle-ci s'est expliquée, dans un entretien, sur l'origine de sa démarche: "Je suis un produit de la réforme de l'enseignement de l'histoire. Je n'hésite pas à dire que l'histoire fut alors entièrement refondue, et que pendant mes six ans d'enseignement secondaire je n'ai strictement rien appris. Tout ce qu'on m'a enseigné, ce sont ces mythes. Par exemple, que sur l'Yser des soldats flamands mouraient parce qu'ils ne comprenaient pas les ordres donnés en français. J'y croyais dur comme fer, puisqu'on me l'avait répété pendant des années. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris que c'était au fond un mythe – comme il y en avait tant d'autres" [2].

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