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Figures

  • Le prince de Ligne entre les lignes

    PASBEL20180207.jpg   Frivole, désinvolte, extravagant, léger, farceur, insouciant…: ces épithètes viennent naturellement à l'esprit quand il est question du prince de Ligne. "C'est tout ce qui paroît le plus frivole, qui est souvent le plus essentiel", trouve-t-on sous sa plume. Le propos a été bien choisi pour figurer en exergue du recueil d'études qui vient de lui être consacré, dans le prolongement de deux journées organisées par le Collège Belgique (Académie royale) [1].

       Grand lecteur de Montaigne, qui invitait ses lecteurs à profiter de tous les plaisirs qui se présentaient en compensation des épreuves de la vie, il ne se laisse pas troubler par les contradictions inhérentes à son hédonisme. Il admet que son bonheur doit s'arrêter là où il pourrait nuire à celui d'autrui. Il peut même maudire ceux qui brisent l'harmonie d'un couple. Mais il affirme en même temps la légitimité de toute volupté. "Oh! Que je remercie le Ciel d'avoir ouvert pour moi tous les canaux du plaisir!", lance-t-il dans son Coup d'œil sur Belœil (1781) [2], le château où il convie à des fêtes galantes qui n'ont rien à envier aux tableaux de Watteau. "Charmeur de l'Europe", selon les termes de son biographe britannique Philip Mansel, l'auteur des Contes immoraux semble traîner sans souci sa réputation de badin peu sérieux. Conseiller de Joseph II, il est envoyé par celui-ci en mission auprès de la tsarine Catherine II – à qui il plaît beaucoup. Mais le comte Golovkine, diplomate russe, suggère perfidement que l'Empereur germanique "l'employa surtout avec la Russie dans différentes négociations, comme quelqu'un qu'on pouvait démentir".

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  • Diplomate intrigant à Utrecht, évêque éphémère à Liège

       Evêque de Liège du 1er septembre 1301 à sa mort le 13 décembre 1302, Adolphe de Waldeck fait figure d'étoile filante dans l'histoire médiévale de la principauté. Il est surtout demeuré dans les mémoires pour avoir chassé les prêteurs à intérêt lombards et piémontais établis en bord de Meuse. "Une opération spectaculaire qui n'était peut-être qu'un bluff", écrit Jean-Louis Kupper [1]. La décision était conforme au prescrit de l'Eglise, mais ceux qui en avaient fait les frais sont revenus par la suite.

    PASBEL20180115a.jpg   Les recherches menées sur le prélat par Antoine Bonnivert (FRS-FNRS, Université libre de Bruxelles) ont mis en évidence le destin paradoxal de cet héritier d'un comté de l'actuel Land de Hesse qui, ayant opté pour la carrière ecclésiastique et étudié le droit canon à l'Université de Bologne, brigue pendant quinze ans "d'attente et d'efforts opiniâtres" le siège d'Utrecht, où il joue les brillants seconds rôles… pour obtenir en fin de compte celui de la Cité ardente, auquel il ne semble pas avoir songé, alors qu'il s'agit d'"une des Eglises les plus prisées de l'Empire" [2]. Gros bémol: cette promotion est intervenue dans le contexte des troubles sociaux qui frappent également les Pays-Bas. Chanoines et gens de métier contre patriciens, lignages déchirés entre Awans et Waroux…: l'évêque aura à peine rendu son dernier souffle que le feu sera (re)mis aux poudres.

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  • Les premiers pas en Australie, c'est du belge!

       Dans son recueil récemment publié de portraits des explorateurs belges, Alban van der Straten consacre quelques lignes à Gilles Mibaise. On y retrouve ce que l'historiographie tient pour acquis à son propos – du moins quand elle ne l'oublie pas! –, à savoir qu'en 1616, voyageant pour le compte de la Verenigde Oostindische Companie (ou Voc, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, dont le champ d'activité s'étendait à l'océan Indien), un navire commandé par Dirk Hartog et lui-même est arrivé, après avoir été dérouté à l'est, sur des terres inconnues que leurs découvreurs appelèrent 't Land van d'Eendracht (le Pays de la Concorde), du nom de leur bateau. Ils se trouvaient en fait en Australie, sur son île la plus occidentale [1].

        Après les éclairages apportés par le professeur Eric Pirard (Université de Liège, faculté des sciences appliquées), qui a séjourné sur place, c'est un chapitre entier que mériteraient tant le personnage que le périple, si d'aventure une nouvelle édition de l'ouvrage devait être mise en chantier. Né à Liège, Gilles Mibaise apparaît, en effet, comme celui qui a joué le rôle clé dans ces premiers pas posés par des Européens sur la grande terre océanienne [2].

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