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Depuis 1830

  • Catholique, Flamand, Belge: les combats de Tony Herbert

       Le clivage qui, dans le Nord de la Belgique, traverse les paysages politique et économique – le social et le culturel nettement moins – ne date pas d'hier. Dans les années '30 du siècle dernier déjà, on pouvait parler d'une tendance radicale flamande, fédéraliste (ou plus si affinité), incarnée notamment par l'Anversois Lieven Gevaert, premier président du Vlaams Economisch Verbond, par ailleurs à la tête d'une firme devenue mondiale dans le secteur de la photographie. En face s'affichait un courant modéré, belge unioniste, représenté entre autres par Léon-Antoine Bekaert, patron d'une entreprise métallurgique en grande expansion établie à Zwevegem, associée avec la famille Velge (francophone), collaborant avec Ougrée-Marihaye et Cockerill en terres liégeoises. Après la Seconde Guerre mondiale, ces différences se sont affirmées particulièrement au sein du CVP (Parti social-chrétien flamand) où un Gaston Eyskens prolongea à sa manière la ligne Gevaert alors qu'un Théo Lefèvre s'inscrivait dans celle de Bekaert.

       Il est aussi des trajectoires qui, dans les mêmes décennies, sont passées d'une extrémité à l'autre du spectre communautaire. Telle fut celle d'Antoon Herbert, dit Tony, dont un ouvrage collectif né d'un colloque éclaire les multiples facettes [1].

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  • Recherches pour élèves sur la Grande Guerre

       "C'est un mythe que les Flamands qui défendaient leur langue sur le front de l'Yser furent implacablement traduits devant des tribunaux militaires francophones". Tel est le constat de l'historien du droit Jos Monballyu, professeur à la Katholieke Universiteit te Leuven (KULeuven), dans le cadre d'une étude basée sur les dossiers pénaux de la Grande Guerre [1]. Il en ressort que peu nombreux furent les militaires poursuivis pour leur engagement flamand supposé et qu'on ne trouve pas trace d'un quelconque arbitraire judiciaire.

       Ce n'est pas le premier travail qui met à rude épreuve des clichés d'autant plus ancrés qu'ils ont fait et font toujours l'objet d'instrumentalisations politiques. A leur critique se sont attelés depuis belle lurette un Lode Wils, de la même université, et plus récemment l'historienne de référence sur 14-18 qu'est Sophie De Schaepdrijver (Pennsylvania State University, Vrije Universiteit Brussel). Celle-ci s'est expliquée, dans un entretien, sur l'origine de sa démarche: "Je suis un produit de la réforme de l'enseignement de l'histoire. Je n'hésite pas à dire que l'histoire fut alors entièrement refondue, et que pendant mes six ans d'enseignement secondaire je n'ai strictement rien appris. Tout ce qu'on m'a enseigné, ce sont ces mythes. Par exemple, que sur l'Yser des soldats flamands mouraient parce qu'ils ne comprenaient pas les ordres donnés en français. J'y croyais dur comme fer, puisqu'on me l'avait répété pendant des années. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris que c'était au fond un mythe – comme il y en avait tant d'autres" [2].

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  • La construction à l'ère du management

       En décembre 1931, un groupe de 250 entrepreneurs généraux visite le chantier du premier tunnel sous l'Escaut à Anvers, guidé par des collègues mais aussi des ingénieurs représentant des entreprises telles que les Pieux Franki, De Wandre, Melard, Van Hauwaert, Maistriau, Van Overloop… L'initiative, due à l'associatif professionnel et visant à favoriser le transfert des savoirs, est réitérée en 1935, cette fois à Bruxelles, sur le plateau du Heysel où on bâtit le palais des Expositions. Mais les relations entre les métiers de la construction sont loin d'avoir été toujours à aussi beau fixe…

       Le secteur a connu une croissance impressionnante. De 21.000 en 1846, le nombre de personnes qui y sont employées est passé à plus de 150.000 en 1937 (de 1,5 à 4,6 % de l'emploi global) et il se sera encore accru de plus de 100.000 unités en 1961. Cette évolution est allée de pair avec l'émergence de la fonction de l'entrepreneur général en tant que gestionnaire de l'organisation et de l'exécution des projets. Une redéfinition et une redistribution des responsabilités entre les différentes compétences concernées en ont résulté. Les architectes ont ainsi cessé d'être impliqués dans tout le processus de la construction, comme c'était encore le cas au début du XIXè siècle, en vertu d'usages séculaires confirmés par le Code civil de 1804. Les tensions liées à ces changements, entre acteurs ainsi qu'entre nouvelles pratiques et cadre légal, constituent un des thèmes les plus récurrents relevés par Jelena Dobbels et Inge Bertels dans leur étude de contenu de la presse spécialisée et des organisations des entrepreneurs [1].

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