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Arts

  • Des cruches aux têtes de pipe: l'or blanc du Condroz

       Au printemps 1542, les batteurs et fondeurs de cuivre de Bouvignes sont à couteaux tirés avec le couvent de la Sainte-Croix de Dinant. Motif: les premiers accusent les seconds de venir puiser de la derle, dont ils ont le monopole, dans le comté de Namur (Dinant se trouvant alors en principauté de Liège). Le prieur des croisiers nie formellement et les sources disponibles ne nous permettent pas de trancher. Mais le cas donne la mesure de l'enjeu. La derle, cette terre argileuse dont se servent potiers et céramistes, utilisée également pour fabriquer des moules, a pu être au centre de bien d'autres conflits, endémiques depuis le XIIIè siècle, entre les deux villes économiquement concurrentes.

       Pour la cité d'Andenne et ses environs, jusqu'à la vallée du Samson, li dièle fait pratiquement figure de poule aux œufs d'or pluriséculaire. L'argile abonde en bien d'autres zones au long de la Meuse, certes, et le sol andennais regorge aussi de minerais et d'autres matériaux – à tel point qu'on a pu le qualifier de "scandale géologique". Mais "l'argile qui cuit blanc" est particulièrement rare, donc précieuse. Elle a nourri ces "vingt siècles de céramiques locales" sur lesquels les savoirs pluridisciplinaires ont été rassemblés dans un ouvrage collectif, prolongement durable d'une exposition temporaire qui vient de fermer ses portes au musée de la Céramique d'Andenne [1].

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  • Deux socles orphelins dans la chapelle de Jérusalem à Bruges

    bruges,adornes,limburg stirum,jérusalem   "Capellam ad honorem et memoriam salutifere passionis domini nostri Jhesu Christi et illius sepulcri sancti sub vocabulo incliti nominis Jherusalem" ("une chapelle en l'honneur et à la mémoire de la salvatrice Passion de notre Seigneur Jésus-Christ et de son Saint Sépulcre connue sous le glorieux vocable du nom de Jérusalem"): ainsi était formulée la requête présentée au pape Martin V, le 12 mai 1427, en vue d'obtenir la consécration de la chapelle de Jérusalem à Bruges. Six siècles après, elle est toujours bien là, à l'entrée de l'actuelle Peperstraat, reconnaissable à la croix de Terre sainte qui surmonte sa tourelle octogonale. Jacques et Pierre II Adornes, descendants d'un commerçant génois, l'avaient fait édifier sur le modèle en réduction de l'église du Saint-Sépulcre. Ils en auraient, selon la tradition, pris les mesures eux-mêmes au cours d'un pèlerinage, mais les sources sont muettes à ce propos. Il est avéré, en revanche, que notre Venise du Nord s'identifiait alors volontiers à la Ville sainte, comme en témoigne le paysage urbain en arrière-plan de la fresque de la Crucifixion, à l'intérieur de l'oratoire auquel on accède depuis l'étage de l'édifice à deux niveaux.

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  • D'un "faux" contemporain à un "vrai" médiéval

     

    PASBEL20170326b.jpg   On ne prête qu'aux riches. En témoigne, la liste des faux attribués à Jef Van der Veken, surtout connu pour sa copie du panneau dit des "Juges intègres" qui a remplacé l'original volé dans le polyptyque de L'Agneau mystique de (ou des) Van Eyck, conservé à la cathédrale de Gand. Jean-Luc Pypaert, traqueur inlassable des imitations du peintre et restaurateur anversois (1872-1964) dont il a publié le catalogue, a-t-il indûment ajouté une pièce à son tableau de chasse ? Il s'agit d' "Anne et Marie", un petit panneau attribué à Hans Memling (v.1433-1494), son atelier ou son entourage, conservé au Musée national de la Twente à Enschede, dans la province néerlandaise de l'Overijssel. C'est peu dire qu'on y a été piqué au vif par la contestation du "chercheur indépendant" – ainsi qu'il se présente –, parue dans un ouvrage collectif édité par l'Institut royal belge du patrimoine artistique (Irpa) et reprise ultérieurement parmi des compléments au catalogue précité.

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