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Arts

  • Deux socles orphelins dans la chapelle de Jérusalem à Bruges

    bruges,adornes,limburg stirum,jérusalem   "Capellam ad honorem et memoriam salutifere passionis domini nostri Jhesu Christi et illius sepulcri sancti sub vocabulo incliti nominis Jherusalem" ("une chapelle en l'honneur et à la mémoire de la salvatrice Passion de notre Seigneur Jésus-Christ et de son Saint Sépulcre connue sous le glorieux vocable du nom de Jérusalem"): ainsi était formulée la requête présentée au pape Martin V, le 12 mai 1427, en vue d'obtenir la consécration de la chapelle de Jérusalem à Bruges. Six siècles après, elle est toujours bien là, à l'entrée de l'actuelle Peperstraat, reconnaissable à la croix de Terre sainte qui surmonte sa tourelle octogonale. Jacques et Pierre II Adornes, descendants d'un commerçant génois, l'avaient fait édifier sur le modèle en réduction de l'église du Saint-Sépulcre. Ils en auraient, selon la tradition, pris les mesures eux-mêmes au cours d'un pèlerinage, mais les sources sont muettes à ce propos. Il est avéré, en revanche, que notre Venise du Nord s'identifiait alors volontiers à la Ville sainte, comme en témoigne le paysage urbain en arrière-plan de la fresque de la Crucifixion, à l'intérieur de l'oratoire auquel on accède depuis l'étage de l'édifice à deux niveaux.

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  • D'un "faux" contemporain à un "vrai" médiéval

     

    PASBEL20170326b.jpg   On ne prête qu'aux riches. En témoigne, la liste des faux attribués à Jef Van der Veken, surtout connu pour sa copie du panneau dit des "Juges intègres" qui a remplacé l'original volé dans le polyptyque de L'Agneau mystique de (ou des) Van Eyck, conservé à la cathédrale de Gand. Jean-Luc Pypaert, traqueur inlassable des imitations du peintre et restaurateur anversois (1872-1964) dont il a publié le catalogue, a-t-il indûment ajouté une pièce à son tableau de chasse ? Il s'agit d' "Anne et Marie", un petit panneau attribué à Hans Memling (v.1433-1494), son atelier ou son entourage, conservé au Musée national de la Twente à Enschede, dans la province néerlandaise de l'Overijssel. C'est peu dire qu'on y a été piqué au vif par la contestation du "chercheur indépendant" – ainsi qu'il se présente –, parue dans un ouvrage collectif édité par l'Institut royal belge du patrimoine artistique (Irpa) et reprise ultérieurement parmi des compléments au catalogue précité.

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  • La naissance laborieuse des pianos "à la belge"

    La maison L. Hoeberechts & fils a duré presque un siècle, jusqu'en 1910. (Source: MUST – Textielmuseum)

     

        Pas de chauvinisme: c'est à des Allemands que nous devons l'implantation d'une industrie du piano, comme ce fut aussi le cas en France et en Angleterre. Et à en juger par l'étude que Pascale Vandervellen consacre à cette naissance, les anciens Pays-Bas méridionaux et la principauté de Liège ont démarré plutôt petitement [1]. Alors que les concepteurs du mariage du clavier et des cordes frappées – Cristofori, Marius, Schröter, Silbermann surtout – avaient accompli leur œuvre dès le premier quart du XVIIIè siècle, il faut attendre 1761 pour trouver chez nous la première mention d'un fabricant qui propose "des instruments pianoforte, qui sont des clavecins d'un genre nouveau". Il s'agit, selon le journal Annonces et avis divers, de Fregfried, établi à Bruxelles mais d'origine allemande. Ses produits, de structure verticale, sont présentés comme plus maniables, plus harmonieux et se désaccordant moins facilement que leurs prédécesseurs à cordes pincées.

       Mais Fregfried ne semble pas s'être éternisé sous nos cieux. Et quelques années s'écoulent encore avant qu'en avril 1767, un article de la Gazette de Liége – simple homonyme de la Gazette actuelle née en 1840 – fasse état de la vente d'un "clavecin appelé pantalon" qui, d'après la description donnée, présente bien les mêmes caractéristiques que celles des pianos de Fregfried. Deux ans plus tard, le premier concert de piano attesté dans les provinces belges est donné par le compositeur liégeois Jean-Noël Hamal sur un instrument que son neveu a ramené de Rome. La digestion de la nouveauté est cette fois bien engagée. La même année 1769 voit s'établir à Bruxelles le Tournaisien Henri-Joseph Van Casteel, qui sera "le premier vrai pionnier" de la fabrication de pianos sous nos cieux. Maîtrisant parfaitement le métier qu'il a appris à Lisbonne, il bénéficie rapidement de la reconnaissance des musiciens bruxellois. Et il fait aussi des émules. Autre indice: à partir des années 1770, les premières partitions spécifiques pour piano sont éditées à Bruxelles.

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