Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

  • Regards russes sur la Belgique plurielle

    PASBEL20171209a.jpg   Relatant son voyage accompli en Belgique en 1862, Vasili Vodovozov, professeur à l'institut Smolny de Saint-Pétersbourg, constate avec étonnement que "dans la classe sociale cultivée les deux langues sont également courantes" et que "des livres de lecture populaire, des manuels et d'autres ouvrages pédagogiques paraissent dans l'une ou l'autre langue". Voilà qui ne cadre guère avec la représentation courante d'une langue flamande alors uniformément méconnue, négligée, méprisée dans nos hautes sphères! Ce témoignage parmi d'autres est relevé par Vladimir Ronin (Université catholique de Louvain - KULeuven), spécialiste des relations culturelles entre l'Est et l'Ouest, dans une étude, qui ne date pas d'hier mais conserve tout son intérêt, sur l'image renvoyée par les Russes venus sous nos cieux au cours du XIXè siècle et au début du XXè [1].

       Même balbutiante, certainement encore loin du compte, la pluralité assumée a le don d'étonner les sujets du Tsar en ce temps où il ne paraît nullement singulier que le Journal de Saint-Pétersbourg, organe officieux du ministère des Affaires étrangères, soit publié en français. "Habitués à la domination du français dans les couches supérieures de la société russe", écrit Vladimir Ronin, les auteurs voyageurs "ont été visiblement impressionnés par le fait que l'élite belge du milieu du XIXè siècle, tout en étant francophone, s'est plus ou moins familiarisée avec le néerlandais ("le flamand")".

    Lire la suite

  • Des cruches aux têtes de pipe: l'or blanc du Condroz

       Au printemps 1542, les batteurs et fondeurs de cuivre de Bouvignes sont à couteaux tirés avec le couvent de la Sainte-Croix de Dinant. Motif: les premiers accusent les seconds de venir puiser de la derle, dont ils ont le monopole, dans le comté de Namur (Dinant se trouvant alors en principauté de Liège). Le prieur des croisiers nie formellement et les sources disponibles ne nous permettent pas de trancher. Mais le cas donne la mesure de l'enjeu. La derle, cette terre argileuse dont se servent potiers et céramistes, utilisée également pour fabriquer des moules, a pu être au centre de bien d'autres conflits, endémiques depuis le XIIIè siècle, entre les deux villes économiquement concurrentes.

       Pour la cité d'Andenne et ses environs, jusqu'à la vallée du Samson, li dièle fait pratiquement figure de poule aux œufs d'or pluriséculaire. L'argile abonde en bien d'autres zones au long de la Meuse, certes, et le sol andennais regorge aussi de minerais et d'autres matériaux – à tel point qu'on a pu le qualifier de "scandale géologique". Mais "l'argile qui cuit blanc" est particulièrement rare, donc précieuse. Elle a nourri ces "vingt siècles de céramiques locales" sur lesquels les savoirs pluridisciplinaires ont été rassemblés dans un ouvrage collectif, prolongement durable d'une exposition temporaire qui vient de fermer ses portes au musée de la Céramique d'Andenne [1].

    Lire la suite