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Révolutions 1780-1830

  • Le prince de Ligne entre les lignes

    PASBEL20180207.jpg   Frivole, désinvolte, extravagant, léger, farceur, insouciant…: ces épithètes viennent naturellement à l'esprit quand il est question du prince de Ligne. "C'est tout ce qui paroît le plus frivole, qui est souvent le plus essentiel", trouve-t-on sous sa plume. Le propos a été bien choisi pour figurer en exergue du recueil d'études qui vient de lui être consacré, dans le prolongement de deux journées organisées par le Collège Belgique (Académie royale) [1].

       Grand lecteur de Montaigne, qui invitait ses lecteurs à profiter de tous les plaisirs qui se présentaient en compensation des épreuves de la vie, il ne se laisse pas troubler par les contradictions inhérentes à son hédonisme. Il admet que son bonheur doit s'arrêter là où il pourrait nuire à celui d'autrui. Il peut même maudire ceux qui brisent l'harmonie d'un couple. Mais il affirme en même temps la légitimité de toute volupté. "Oh! Que je remercie le Ciel d'avoir ouvert pour moi tous les canaux du plaisir!", lance-t-il dans son Coup d'œil sur Belœil (1781) [2], le château où il convie à des fêtes galantes qui n'ont rien à envier aux tableaux de Watteau. "Charmeur de l'Europe", selon les termes de son biographe britannique Philip Mansel, l'auteur des Contes immoraux semble traîner sans souci sa réputation de badin peu sérieux. Conseiller de Joseph II, il est envoyé par celui-ci en mission auprès de la tsarine Catherine II – à qui il plaît beaucoup. Mais le comte Golovkine, diplomate russe, suggère perfidement que l'Empereur germanique "l'employa surtout avec la Russie dans différentes négociations, comme quelqu'un qu'on pouvait démentir".

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  • Regards russes sur la Belgique plurielle

    PASBEL20171209a.jpg   Relatant son voyage accompli en Belgique en 1862, Vasili Vodovozov, professeur à l'institut Smolny de Saint-Pétersbourg, constate avec étonnement que "dans la classe sociale cultivée les deux langues sont également courantes" et que "des livres de lecture populaire, des manuels et d'autres ouvrages pédagogiques paraissent dans l'une ou l'autre langue". Voilà qui ne cadre guère avec la représentation courante d'une langue flamande alors uniformément méconnue, négligée, méprisée dans nos hautes sphères! Ce témoignage parmi d'autres est relevé par Vladimir Ronin (Université catholique de Louvain - KULeuven), spécialiste des relations culturelles entre l'Est et l'Ouest, dans une étude, qui ne date pas d'hier mais conserve tout son intérêt, sur l'image renvoyée par les Russes venus sous nos cieux au cours du XIXè siècle et au début du XXè [1].

       Même balbutiante, certainement encore loin du compte, la pluralité assumée a le don d'étonner les sujets du Tsar en ce temps où il ne paraît nullement singulier que le Journal de Saint-Pétersbourg, organe officieux du ministère des Affaires étrangères, soit publié en français. "Habitués à la domination du français dans les couches supérieures de la société russe", écrit Vladimir Ronin, les auteurs voyageurs "ont été visiblement impressionnés par le fait que l'élite belge du milieu du XIXè siècle, tout en étant francophone, s'est plus ou moins familiarisée avec le néerlandais ("le flamand")".

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  • Les loges dans la Cité… la mort aidant

       Société "secrète", "quasi secrète" ou "discrète", selon les approches, la franc-maçonnerie a longtemps justifié cette posture par son caractère minoritaire et réprouvé dans les pays catholiques et aussi certains pays protestants. Mais comment expliquer le maintien de cette opacité dans nos sociétés largement laïcisées ? Pourquoi ne voit-on jamais les frères défiler au grand jour, comme il était courant au XVIIIè siècle dans la Grande-Bretagne qui fut leur berceau ?

       A ce confinement délibéré dans les murs du temple, il a pourtant été très tôt dérogé en une circonstance bien précise: quand la mort frappait à la porte. Les manifestations publiques auxquelles celle-ci a donné lieu au cours du XIXè siècle retiennent particulièrement l'attention dans l'étude que Jeffrey Tyssens (Vrije Universiteit Brussel) vient de consacrer aux "brèches" de l'association initiatique [1].

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